Il n'est point besoin de grandes descriptions à ce propos, les embouteillages citadins, les engorgements autoroutiers, le culte voué à la déesse "Auto" ("mon auto, c'est ma liberté", "dis-moi ce que tu conduis je te dirai qui tu es") démontrent à souhait l'étendue de l'identification de l'automobiliste à son véhicule, l'importance que celui-ci revêt dans sa vie, mais aussi la relation entre les voitures et les nations.
Tout le monde connaît les "grosses américaines", symboles de la puissance et de la démesure des
États Unis, la fiabilité des allemandes, le tandem "gadgets-prix" des asiatiques et... l'absence des belges !
Si l'on en vient à parler des voitures des pays de l'Est, à moins de savoir de quoi on parle on imagine volontiers soit de grosses voitures poussives, lourdes, carrées, peu équipées et chroniquement en panne, soit des voitures bon marché mais à la réputation très peu flatteuse et aux performances limitées.
Dans l'esprit populaire, une marque entre toutes a fait l'objet de beaucoup de moqueries de la part des Occidentaux, la Lada.
Et aujourd'hui encore, il en existe plus d'un pour se rappeler de la vieille blague : "la différence entre une Lada
et le SIDA, c'est que le SIDA on peut encore le refiler" !
En voilà des moqueries pour une voiture (nous parlons ici de la "Jigouli", c'est-à-dire la réplique du modèle de Fiat qui a sillonné nos routes durant de longues années) qui, certes, était simple et ne permettait pas de participer aux 24 heures du Mans, mais qui présentait quand même un rapport qualité-prix honorable !
Il me semble impératif de signaler que, à ce niveau là aussi, les choses ont bien changé à l'Est. On peut même dire que l'évolution du parc automobile et de la qualité de ses véhicules est représentative de l'évolution des pays eux-mêmes.
Nous avons reçu l'aimable autorisation de Monsieur Olivier Perrin, de reproduire dans ce site ces images, à haute valeur symbolique, de la Trabant et du mur de Berlin. Nous l'en remercions cordialement d'ailleurs et conseillons la visite de son site : http://olivierperrin.multimania.com/trabant.html, d'autant que celui-ci présente aussi quelques connotations antiracistes. On voit sur ces images, la fameuse Trabant traversant le mur célèbre. Or la Trabant était une voiture très bon marché (quoi que tout soit relatif, encore faut-il juger du pouvoir d'achat et du niveau de vie) surnommée "la voiture de carton" (ou de plastique). Ce qui n'empêchait pas un politicien haut placé d'utiliser une Trabant dans ses déplacements officiels. Prosélytisme communiste ou exemple d'économie par la modestie, toujours est-il qu'il eut son franc succès. quant à savoir s'il s'agissait d'autosatisfaction, je vous laisse le soin d'épiloguer sur le jeu de mots !) Mais on voit aussi, sur la deuxième photo de la Trabant, la carcasse abandonnée de cette voiture devenue symbolique, à côté du mur obsolète. Le "mur de la honte" n'existe plus et, avec lui, les différences entre les automobiles de l'Est et de l'Ouest allaient s'estomper rapidement.
Il est très dommage que le préjugé subsiste. Comme dans la plupart des cas les idées reçues ont la vie dure ! Car il suffit de consulter un catalogue actuel pour se rendre compte que les voitures de l'Est se sont largement "européanisées", elles ont acquis une ligne beaucoup plus harmonieuse, aérodynamique, avec un concept familial ou sportif beaucoup plus accentué. Heureuse surprise, au moment où nous rédigeons ces lignes, les prix sont restés compétitifs. Pour combien de temps, nul ne peut le (pré)dire mais ça, c'est une autre histoire et il ne nous appartient pas de débattre sur les évolutions de marché.