
Donc, Nico Maes ne parvient pas à empêcher que les filles ne
prennent la route en compagnie des proxénètes que les filles prennent toujours
pour d'honnêtes employeurs. Ces "employeurs" et complices qui ont pour
noms Peter Van den Begin (Raymond Van Mechelen), Luk Wijns (Eddy Stoefs), Axel
Daeseleire (Jan Verplancke), Tom Van Dyck (Vincent Dockx) vont alors très vite
commencer à mettre les filles "au parfum" et, après l'épisode de la plage où on
les obligera à "enlever le haut" (pour faire bronzer les seins), on leur
présentera leurs tenues de travail: en fait des tenues de strip-teaseuses.
Cela provoquera bien entendu l'un des derniers mouvements de révolte de la part
de ces demoiselles toujours dans l'ignorance. On leur rappellera alors
qu'elles devront payer très cher pour casser leur "contrat", mais que si elles
le veulent absolument, elles n'auront qu'à travailler durant deux mois après
quoi elles pourront partir. Mais à ce stade du film, le spectateur un tant
soi peu averti aura déjà compris que sur ce laps de temps, le piège se sera déjà
refermé impitoyablement, depuis longtemps.
Lorsqu'on commencera à leur montrer comment danser autour
d'une barre, en ondulant de la croupe, en se déshabillant progressivement, pour
terminer complètement nues (pas seulement le dessus - les gens veulent du sexe,
leur dira t'on!) on aura compris que toute marche arrière s'avère déjà très
compromise!
Jusque là, toutefois, les scènes présentées à l'écran sont encore très
édulcorées par rapport à la réalité. Mais bien que ce ne soit pas
nécessaire et que le simple journal télévisé nous en montre souvent beaucoup
plus, les épisodes suivants seront paraît-il beaucoup plus durs et les images
plus évocatrices, plus éloquentes.
Notre objet n'est pas ici d'entrer dans les détails et les techniques de la
prostitution, le phénomène est déjà bien assez triste comme ça. Il nous
suffit quant à nous de savoir que les noms des truands en question sont des noms
bien belges et que c'est bien d'une "mafia belge" ou du moins d'un réseau belge
(les filles exercent à Anvers) dont il s'agit. Ce réseau va donc chercher
des filles en Lituanie ou dans d'autres pays de l'Est, il les enlève en leur
faisant miroiter des emplois aussi mirobolants que fictifs et mensongers et les
force à se prostituer. Corvéables à merci, réduites à l'esclavage sexuel, elles
ne peuvent aussi que proposer des tarifs extrêmement compétitifs.
Qu'il est facile de faire son beurre en "cassant le marché" quand ce sont les
autres qui font le travail. C'est à peu près aussi facile que de critiquer
sans savoir...
Un petit point d'ombre: le titre lui-même est un mot russe. En effet "matrioshki"
signifie "poupées". On voit évidemment directement le rapport et
l'allusion mais pourquoi avoir cherché un mot d'origine russe? Encore une
regrettable confusion sans doute. A moins que cela ne provienne de cette
tendance qu'ont les gens de chez nous de comparer tous les pays de l'Est à la
Russie!
Quelques questions se posent sur cette série et son sujet:
Mais si ces filles sont réellement des "victimes" (puisque vous essayez de
nous faire croire qu'il ne s'agit pas de vicieuses) qu'est-ce qui les empêche de
retourner chez elles ?
Ce serait effectivement une bonne solution et en même temps une excellente
réponse à la particularité de notre hospitalité vis-à-vis d'elles! Dans la
série "Matrioshki" on voit très bien que, lorsque deux de ces filles doivent se
déshabiller en public, ce n'est vraiment pas de gaieté de coeur qu'elles
s'exécutent. C'est vraiment contraintes et forcées qu'elles le font, le
coeur au bord des lèvres et les larmes aux yeux. Mis à part une fille
parmi les dix (une proportion révélatrice) qui a déjà couché avant même
d'arriver en Belgique (et chez nous il en existerait bien plus qui le feraient
même sans propositions alléchantes...) on voit très bien qu'il ne s'agit
absolument pas de vicieuses.
Retourner chez soi pour échapper à cet enfer? Pas si simple! Elles se
trouvent fort perdues dans un pays qu'elles ne connaissent pas, où l'on parle
une langage qui leur est totalement étranger (le français - et ne parlons même
pas du flamand qui s'étudie fort peu en dehors de nos terres) ou même l'écriture
peut être différente. Elles ne disposent ni d'argent (qu'elles doivent
restituer systématiquement aux proxénètes) ni de leurs papiers (aux mains des
mêmes proxos) De plus, l'organisation, les truands surveillent et,
au besoin, sanctionnent durement. On voit notamment, dans le film, que les
incartades peuvent être punies de mort. Il est très difficile de prendre
le train dans les conditions précédentes, surtout si on a le corps, criblé de
balles, à quelques mètres de profondeur, dans un lac, alors que la tête se
trouve dans un congélateur! Quant aux mouchards éventuels, n'explosent-ils
pas dans leur caravane? Quant aux flics, n'y comptons pas trop. Il
nous a suffi d'arriver au deuxième épisode pour remarquer que l'un des deux
compères chargés de l'enquête était véreux... Il n'y a pas qu'à l'Est que
la corruption sévit.
Les noms des personnes impliquées sont effectivement des noms bien belges.
Mais leur consonance flamande pourrait aussi en faire des Hollandais, non ?
C'est vrai. Pourtant, Anvers est bien en Belgique. Lorsque les
enquêteurs font irruption dans un bar appartenant à l'organisation, le portier,
Vincent Dockx, est bien occupé à faire honneur à son paquet de frites. Sa
réaction lorsque la femme-flic le privera de son paquet, sera toute belge: il
lui plongera la tête dans ces frites souillées et encore pleines de sauce!
Le nom "Van Mechelen" signifie "de Malines" et Malines est en Belgique.
Jetons à présent un petit coup d'oeil sur les autres caractéristiques du film:
Titre original : Matroesjka's
Saisons : 1 - Episodes : 10
Série créée par
Guy Goossens, Marc Punt en 2004
Avec : Peter Van den Begin, Mark Van Eeghem
Producteur :
Marc Punt
Format : 45 mn. Genre : Drame
Nationalité : Belge
Moi, si j'étais forcée à me prostituer, je préférerais me suicider !
Les proxénètes ne vous pleureraient pas. Ils râleraient seulement un peu pour cette perte momentanée de revenus. Mais ce ne serait très momentané. Il ne faut pas perdre de vue que le film ne met en scène qu'une dizaine de filles, il s'agit d'une simple question de facilité pour la mise en scène. La réalité est encore plus dure car ce ne sont pas moins de 3000 filles par an qui débarquent dans notre beau pays. Une de plus ou une de moins...
N'empêche que pour en arriver à se prostituer, vous ne m'enlèverez pas de l'idée qu'il faut être vicieuse !
Voilà la réaction d'une personne qui ne sait probablement pas ce qu'est la misère noire, avec comme toute perspective d'avenir, cette même misère noire. Comment ne pas comprendre qu'après une petite vingtaine d'années de ce régime, on ne puisse pas croire en sa bonne étoile, enfin? Mais une fois que l'on est pris dans l'engrenage... Dans certains cas, les proxénètes droguent les filles, non seulement pour s'assurer leur docilité mais aussi pour les rendre encore plus dépendantes d'eux, plus malléables
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