D'abord, édifiée sur une hauteur à 2 km à l'ouest de celle-ci, la Forteresse ottomane. Bâtie sur les vestiges d'une ancienne place forte, respectivement thrace, romaine et bulgare (premier Empire), ses murs extérieurs étaient protégés par d'impressionnantes tours d'angle hexagonales faites dans le plus pur style militaire des Osmanlis et, aujourd'hui encore, on peut y voir - à l'intérieur de son périmètre - les fondations de nombreuses petits bâtiments turcs.
Mais, redescendons vers la ville et rendons-nous, près de la place centrale, à la mosquée de Tomboul (Tomboul Djamya). Chef-d'œuvre de l'architecture ottomane, elle est due à Shérif Pacha et date de 1745. Construction monumentale à coupole, on y trouve une école primaire, une bibliothèque et, dans une magnifique cour à arcades où jaillit une fontaine, une medersa (construction en forme de cloître).
A voir aussi, le vieux quartier musulman avec ses rues étroites, ses maisons basses et ses boutiques se serrant les unes contre les autres. Des importants ouvrages défensifs bâtis par les Turcs autour de la ville (muraille, percée de 13 portes et flanquée de tours, entourant la ville à l'est, au sud et à l'ouest, tandis que le nord était naturellement protégé par une paroi rocheuse escarpée!), il ne reste aujourd'hui que quelques vestiges, abandonnés à eux-mêmes du temps des communistes. Ces derniers, en effet, préféraient exalter la fibre patriotique - souvent, avec toute la lourdeur du style marxiste-léniniste - en rejetant dans l'oubli les réalisations des anciens oppresseurs.
Dominant Shoumèn, le monument du Treizième-Centenaire de l'Etat Bulgare (1981) présente un parfait exemple de cette politique: monstre en béton, granit et marbre, son volume - pareil à celui de la cathédrale de Sofia - est proportionnel à la mégalomanie qui sous-tendait le régime dictatorial de Jivkov dans les années quatre-vingt. Pour y arriver, tel un antique calvaire menant le peuple bulgare à la mise en croix (heureusement, depuis, la résurrection a bien eu lieu!), un escalier dont chacune des 1.300 marches représente une année dans la route vers "l'Etat socialiste idéal" (pour les "petits-bourgeois", une route a cependant été prévue pour accéder au monument en voiture!).
Histoire: Déjà du temps des Thraces, la colline dominant Shoumèn est fortifiée. Sous la domination de Rome, la place forte est étendue et, au cours du premier Empire bulgare, une nouvelle forteresse - qui se nommera plus tard Hissar - y défend la route stratégique vers Pliska (la capitale). L'endroit est alors appelé Shoumèn (de Shouma, terme d'origine slave qui designe les "forêts abondantes" qui couvrent - à cette époque - les hauteurs environnantes!). A l'arrivée des Osmanlis, la forteresse est agrandie, tandis que - progressivement - la population descend s'installer au pied du plateau, sur les rives de la rivière Poroïna. Connue alors sous le nom de Shoumla, cette partie de Shoumèn se développe particulièrement au XVIIIème siècle et se voit bientôt intégrée dans le système défensif nord de l'Empire ottoman, système intégrant également les villes de Silistra, de Varna et de Roussé.
En 1848, avec l'arrivée de réfugiés politiques hongrois et polonais qui viennent s'ajouter aux minorités juives et arméniennes de la ville, se crée une intelligentsia qui impose aux musulmans locaux un essor culturel. Concerts, soirées musicales, bals populaires, pièces de théâtres, foyers de lecture, etc. voient bientôt se presser un public conquis. Malgré cet apport intellectuel occidental, l'activité des habitants restera longtemps de type artisanal et la ville gardera son cachet oriental. En 1950, en l'honneur d'un leader communiste né à Shoumèn en 1877, la ville est rebaptisée du nom de Kolarovgrad. En 1960, elle reprend cependant son nom.